La consommation des boissons sucrées dans les lieux de loisirs, par une certaine catégorie de femmes constitue aujourd’hui, aux yeux de bien des bambocheurs, une unité de mesure du niveau de délinquance, ou, pour adoucir les mœurs, le niveau d’émancipation. En tout cas, suite à une immersion dans bien des lieux de loisirs à Conakry, on s’est rendu à l’évidence que les travers sociaux se conjuguent de plus en plus au féminin.
Soit on prend de la sucrerie, soit de l’alcool ! Voici les deux options qui sont proposées. Les plus habituées ne parlent pas, mais usent du geste pour faire comprendre aux gérants quelle nature de boisson est consommée. En clair, la consommation d’alcool, de chicha (en dépit de son interdiction), de cigarette est de plus en plus revenu à la gente féminin, à n’importe quel âge !
Terrasse, lounge bar, bar américain, boîtes de nuit, à la plage etc. partout, au niveau des coptoirs, on voit des jeunes filles lever le coude, faire échapper une fumée de chaudière du nez ou de la bouche, en toute sérénité. « Ce sont les plus grandes consommatrices et c’est bien elles qui nous tiennent le cordon de la bouche », se félicite, Gérard Lamah, gérant d’une boite de nuit dans le quartier de Taouyah. Selon Gérard, « si on interdisait aux filles la chicha, l’alcool, etc, on risque de fermer » constate t-il.
L’évidence, c’est bien cet attirait partant des tenues suggestives à la consommation sans modération de ces travaux sociaux devenus chez bien des guinéennes une option incontournable pour voguer en vague répétitives. Dans ce groupe de femmes épanouies, ces autres femmes, mouchoirs de têtes flaqués en chignon n’ont pas de la place avec leur sucrerie, sirotée avec gêne. Il ne reste plus qu’à mentionner : « nulle place pour les mollah » !
Ces supposées religieuses qui ne restent pour autant pas à leur place ont quand même trouvé l’astuce, enroulement la canette dans un mouchoir jetable et la vider vite avant de quitter les lieux de loisirs, mais se gardent de faire comme les autres. Il reste que ni les accoutrements, ni les genres de produits consommés ne identiques, donc, mondes différents. Les nuits de « java » sont donc mieux adaptées. A chacun ses plaisirs, nous dirait-on !
Amara Touré